Contributions - Les Français Libres

Les Français Libres, de juin 1940 à juillet 1943

 
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" Walter Lewino
Pardon, pardon mon père
Mémoires

Walter Lewino est l'une des figures les plus pittoresques de la presse (Le Point, Le Nouvel observateur…). Il a, par ailleurs, publié une dizaines de livres dont Fucking Fernand. Héros de la guerre dans la Royal Air Force, son humour de type franco-anglais fait l'originalité de ce fils naturel de Vialatte et de Mark Twain…

"mon père, effrayé en même temps qu'ébloui par ma virtuosité, tout gosse, à résoudre mentalement les petits problèmes chiffrés qui se posaient à notre quotidien, ayant entendu dire par ailleurs que les calculateurs prodiges étaient en fait des débiles profonds, m'avait fait examiner par un spécialiste des enfants surdoués, qui, après m'avoir soumis à quelques tests, l'avait félicité pour mon indéniable aptitude aux calculs de base en même temps qu'il lui révélait le peu de chances que j'avais d'être le nouvel Inaudi, n'empêche, ce goût pour la chose chiffrée m'a accompagné tout au long de ma vie, pendant la guerre entre autres où il contribua à ma réussite comme navigateur, le meilleur du groupe Lorraine selon Romain Gary, alors qu'il explique assez mal que je me sois retrouvé un moment le journaliste à tout faire de France Observateur que la fin de la guerre d'Algérie avait laissé exsangue de lecteurs et d'argent, et qui allait devenir Le Nouvel Observateur sous l'impulsion de Jean Daniel et d'une nouvelle équipe dont je refusai de faire partie pour des raisons confuses : goût du changement, difficulté à me soumettre à l'autorité d'étrangers, pour talentueux qu'ils fussent, moi qui venais de contribuer à soutenir le journal à bout de bras depuis plusieurs mois, crainte de devenir le dernier recours moral de la petite équipe de pigistes mal ou pas payés, dont je savais bien qu'ils avaient peu de chances de conserver leurs rubriques - depuis longtemps les grandes plumes du journal avaient abandonné l'épave, signatures dont on pourra s'étonner pour certaines, vu la suite de leur carrière, qu'on les ait lues dans l'hebdo le plus à gauche et le plus opposé à la guerre d'Algérie, qu'on en juge, Jean-François Revel, Georges Suffert, François Nourissier, Paul-Marie de La Gorce furent un temps les piliers de France Observateur - et puis j'étais certain que cette nouvelle équipe, aussi flamboyante qu'elle parût, allait échouer, on sait qu'au contraire elle réussit admirablement son coup, acceptant quelques années plus tard de me réintégrer en son sein grâce à Hector de Galard à qui je garde une infinie reconnaissance moins pour le coup de main qu'il me donna à cette occasion que pour la perpétuelle leçon de dignité qu'il me prodigua au cours de notre longue amitié, jusqu'à sa triste fin, ses poumons l'ayant abandonné il déambulait dans son grand appartement de la rue du Louvre, en face de la colonnade de Perrault, deux canules plantées dans les narines et reliées à une bouteille d'oxygène par un interminable serpentin de tuyaux verdâtres, je l'ai beaucoup fréquenté à l'époque, ressassant avec lui nos vieilles histoires, jouant de mes qualités de bricoleur pour prolonger de la manière qui lui convenait un joli carrelage marine et blanc conçu par Andrée Putman qui avait été la décoratrice de l'appartement qui appartenait à Michel Guy, riche pépiniériste, beau mélomane et piètre ministre de la Culture, qui le louait à Hector pour un prix raisonnable, ainsi à son décès il suffit au convoi de traverser la rue de Rivoli pour atteindre Saint-Germain-l'Auxerrois, la paroisse des rois, où fut célébrée sa messe mortuaire, avec une belle oraison de Jean Daniel, avant que, à la demande expresse du défunt et à la confusion du prêtre, ne retentît « le Temps des Cerises » qui fut le chant des Communards, dernier pied de nez aux convenances de ce marquis authentique descendant des Galard l'Isle, une des six plus vieilles familles de France, qui ne travailla jamais que dans des journaux de gauche et qui n'aima jamais que des juives, lorsque, atteint définitivement par la maladie, il fut contraint d'abandonner son poste de rédacteur en chef - c'était du temps où les rédactions des journaux n'avaient pas tourné à l'armée mexicaine et ne comptaient qu'un seul rédacteur en chef -, Hector, qui avait été à l'origine du premier des Observateur vers les années 50, et qui avait pour l'argent un aristocratique mépris, céda à Claude Perdriel, pdg du journal, les actions qu'il possédait pour la somme de 1 franc, exigea un chèque qu'il mit sous cadre et accrocha dans son bureau, hélas ! je n'ai pas osé à sa mort demander à ses héritiers, que j'avais vaguement connus bambins, de m'offrir ce sous-verre dont je crois être une des rares personnes à mesurer l'humour et le panache, abandonner un tel homme à la fin de France Obs ne m'avait pas été facile, d'autant que pour gagner ma vie je dus me mettre à travailler à plein temps à Week-End, l'hebdo du tiercé dont le propriétaire, le comte de Lesguern, n'avait rien, lui, d'un marquis rouge, surtout porté sur les mondanités et l'aisance financière il possédait une écurie de courses et avait épousé, contre titre nobiliaire, une grande fortune à la fois lainière, papetière et sucrière en la personne de Simone Malle, la sœur de Louis, ce qui lui permit de financer l'Almanach du Tiercé dont il me confia la rédaction en chef, je m'empressai aussitôt de commander un article à Jean-François Revel puis à Alexandre Vialatte, le premier me fournit une belle réflexion philosophico-sociologique sur l'attrait du jeu qui frappe les populations nanties en même temps que les démunies, rarement les moyennes, Alexandre Vialatte, pris de court, mais ne voulant pas faillir à la vieille amitié qui le liait à ma famille, torcha un de ces petits textes virevoltants et distanciés qui ont fait son succès posthume où il était question du cheval-jupon que portait sa cousine lors d'un bal qui eut lieu, me semble-t-il, du côté des Antipodes, c'était de maigre intérêt pour les turfistes du dimanche matin qui constituaient la totalité des lecteurs dudit almanach, mais personne ne m'en fit reproche, pas même le mari de Simone Malle, si j'évoque cette collaboration de Vialatte c'est sans doute parce que l'avoir connu tout gosse vous classe un homme, encore que le personnage m'impressionnait peu alors, j'en mesurai bien l'importance aux gens qu'il fréquentait et qui lui accordaient du crédit, Gide, Paulhan, Dubuffet, Bissière, mais sa foi en Dieu, son nationalisme suranné, ses pudeurs, sa sexualité refoulée, en tout cas non avouée, m'avaient poussé à mal apprécier le poète qu'il était, séduit toutefois par ses doutes littéraires, ses fausses naïvetés et son goût du pittoresque, il avait épousé la cousine de ma marraine Sibille, laquelle tenait un salon ouvert dans son atelier de la rue de Vaugirard que nous fréquentions tous deux aux lendemains de la Libération, car ..."

Laurent Laloup le mercredi 03 octobre 2007

Contribution au livre ouvert de Walter Edmond Leonce Lewino

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