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Sachso
Titel: Sachso Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Amicale D'Oranienburg-Sachsenhausen
"Les « Tunisiens » font en avion une partie du voyage vers Sachsenhausen. Ce sont des Français et quelques ressortissants anglais et espagnols qui, réfugiés en Tunisie, ont constitué des réseaux de résistance et de renseignements. Alors que le pays était encore en dehors de la zone des combats, une lutte sourde s’y livrait entre services secrets allemands et alliés pour la surveillance, à partir de Tunis et de Bizerte, du trafic maritime en Méditerranée. Mais, en novembre 1942, la guerre y devient ouverte après l’occupation de la Tunisie par les troupes allemandes pour faire pièce au débarquement anglo-américain au Maroc et en Algérie.
Dès les premières semaines de 1943, il y a des arrestations dans les groupes, dont les missions sont de plus en plus dangereuses. En mars, tout un réseau est démantelé. Son chef, Tardy, est capturé ainsi que Félipe Noguerol, ancien officier de la marine républicaine espagnole, Bernard Méry et bien d’autres qui se retrouvent à la prison de la Casbah de Tunis avec des résistants déjà tombés comme Lucien Treiber, Maurice Bonjour, Alex Le Vernoy (dit Luntz), l’agent anglais Dick Johns et son adjoint Arthur Blackwell. Les prises sont importantes pour les nazis. Il y a des militaires comme le colonel de Brodsky, les commandants Farge, Bernard et Martin ; des industriels comme Grumbach, directeur chez Hutchinson ; des fonctionnaires des P. T. T. comme Mandereau et Richard ; des commerçants comme Taïeb ; le docteur Édouard Nataf, grand ami du docteur Émile-Louis Coudert, chirurgien réputé qui sera lui-même arrêté en juin 1943 ; les femmes de plusieurs résistants, avec Christiane Franqui et Florette Méry, etc.
Les interrogatoires se succèdent, l’instruction est menée tambour battant. Le 1 er avril 1943, 42 prisonniers et prisonnières sont embarqués dans des avions de transport militaires. Il y a 75 Junker-52 qui ont déchargé du matériel et des troupes à Tunis et qui repartent avec du ravitaillement récupéré sur place. Les prisonniers enchaînés deux par deux sont répartis dans plusieurs avions. Dans un autre sont entassées les principales pièces du dossier.
Alors qu’ils font route vers Naples où les prisonniers doivent descendre, les avions allemands sont attaqués par la R. A. F. Trois sont abattus. Aucun des « Tunisiens » n’est à bord. Mais l’un des appareils à croix gammée qui disparaît dans les flots est celui qui contient les documents essentiels de l’instruction. Plusieurs autres sont obligés de se dérouter sur Vérone en rasant la mer. Leurs passagers, parmi lesquels Noguerol et Mery, rejoignent Naples le lendemain, alors que leurs camarades ont déjà pris le train pour Berlin. Il y a donc maintenant deux convois de « Tunisiens » et cela va être l’occasion d’un curieux quiproquo.
Le 4 avril, le premier groupe, avec Lucien Treiber, qui fait, sensation avec sa gandoura et sa chéchia, a une bonne surprise en sortant de la gare de Bahnhof Friedrïchsstrasse. On leur retire les menottes qu’ils ont dû garder durant tout le trajet et, dans le car qui les emmène à travers la ville, ils entendent les S. S. leur désigner les monuments et édifices publics comme s’il s’agissait d’une visite touristique. Arrivés à Sachsenhausen à la nuit tombée, ils n’entrent pas dans le camp mais sont accueillis dans une baraque à la caserne des S. S. Lucien Treiber écarquille les yeux : « Un type avec une machine à écrire nous demande “Votre nom ? Que peut-on faire pour vous ?” Au fond de la baraque au parquet bien ciré, un grand portrait de Hitler, de chaque côté des lits avec des draps blancs et une couverture à petits carreaux bleus et blancs d’une netteté impeccable, au centre une longue table…
« On nous apporte un bouteillon de pommes de terre épluchées, une grande casserole de petits pois, une autre casserole de miel, du pain. Nous nous couchions, complètement repus.
« Le lendemain matin, notre interlocuteur de la veille recommence à prendre des notes, toujours poli, presque cordial. Après la douche et le petit déjeuner (café, pain, margarine, confiture), les S. S. nous disent : “Venez, nous allons vous faire une démonstration de dressage de chiens.” Nous nous rendons dans un bois et là nous voyons les chiens ramper, bondir, attaquer, grimper dans les arbres pour aller chercher la laisse qui y était lancée…
« La journée passe, sans anicroche. On s’interroge sur la manière dont nous sommes traités. Veulent-ils nous libérer ?
« Mais, dans la nuit du 6 avril, changement de décor ! Vers 2 h 30, un vacarme du diable nous tire de notre sommeil. Les S. S., triques à la main, envahissent le dortoir et nous jettent dehors. Nos habits sous les bras, les fameux chiens à nos trousses, nous traversons la route jusqu’à l’entrée du grand camp. Devant la grille, près du poste de garde, nous restons debout jusqu’au petit matin. C’est à ce moment-là que nous voyons arriver nos camarades du deuxième groupe qui ont fait le détour de Vérone… »
Lorsqu’à leur tour ces derniers sont descendus du train à Berlin, ils ont en effet été pris en charge par la Gestapo à la prison de l’Alexanderplatz et c’est avec des « recommandations » toutes spéciales qu’ils ont été dirigés sur Sachsenhausen. Des « recommandations » qui, entre-temps, ont éclairé les S. S. sur l’attitude à observer envers le premier groupe.
Tous les « Tunisiens » sont donc immatriculés aussitôt à Sachsenhausen dans les numéros 63 000 et les femmes internées à Ravensbruck. Mais l’enquête, qui piétine en l’absence des dossiers disparus en mer, n’est pas close. En juin 1943, tous les « Tunisiens » sont ramenés de leurs kommandos au grand camp et rassemblés pour être désinfectés, soignés, rasés. Vêtements, montres et bagues leur sont rendus. On leur dit qu’ils vont être libérés. Ils doivent signer une attestation dans laquelle ils certifient n’avoir subi aucun sévice et s’engagent à ne rien divulguer de ce qu’ils ont vu au camp.
Des voitures cellulaires les attendent sur la place d’appel, mais à Berlin, après interrogatoire, il n’y en aura que la moitié environ à retrouver un régime de liberté surveillée. Ils travaillent dans des entreprises berlinoises et sont contraints de venir signer régulièrement chez le juge Lorentz chargé de l’affaire. Les autres, enfermés à la prison de Charlottenburg, en sont extraits pour des interrogatoires à la Gestapo de l’Alexanderplatz par le même juge Lorentz, qui n’hésite pas à les frapper. Si l’on perd la trace à ce moment-là de René Tardy, probablement fusillé à Charlottenburg, la plupart des « Tunisiens » réintègrent Sachsenhausen."
GR 16 P 446470 | NOGUEROL OTERO (Félipe) | 1912-12-24 | Betanzos | | ESPAGNE | DIR
GR 16 P 413197 | MERY (Bernard) | 1909-08-20 | Varsovie | | POLOGNE | DIR
GR 16 P 388833 | MANDEREAU (Jean Louis) | 1912-05-17 | Paris 18 | Seine | FRANCE | DIR
GR 16 P 145623 | COUDERT (Emile Louis) | 1900-05-07 | Paris 20 | Seine | FRANCE | FFc DIR
GR 16 P 346896 | LEBOFF épouse MERY (Florette) | 1910-10-29 | Paris 11 | Seine | FRANCE | DIR
Laurent Laloup le vendredi 09 août 2024 Contribution au livre ouvert de Lucien Auguste Treiber Montrée dans le livre ouvert de 2 Maurice Jean Octave Bonjour | 3 Boris Boleslaw de Brodzki | 4 Yves Alec ou Jean Paul ou Alexander Anatole Lunz dit le Vernoy | 5 René Georges ou Jean Tardy | |