|
Souvenir du 27 Mai 1942 DE LA DFL - Souvenirs, témoignages... Un souvenir de Bir Hakeim par Pierre BOLDRON (13 DBLE-RFM)
Le 27 mai 1942 - matin - la cinquième compagnie du 2ème Bataillon de la 13ème Brigade de Légion étrangère ne sait pas que dans quelques heures elle aura à subir le premier assaut de l'ennemi.
Pendant la nuit, nous avons perçu le bruit d'un combat qui paraît se rapprocher mais tout le monde est confiant et résolu.
Je n'ai pas encore 22 ans et je commande un groupe de la 2ème Section sous les ordres de l'Adjudant-Chef OTTL. C'est un honneur car ce sont pour la plupart des légionnaires chevronnés.
Ce matin-là, la cinquième compagnie -Capitaine MOREL- a une heure d'exercice de masque à gaz et sous le soleil brûlant, cela n'a rien d'agréable, mais les ordres sont les ordres. Depuis une demi-heure, nous apercevons au loin des chars et véhicules que je n'arrive pas à identifier même à la jumelle et qui défilent devant la position. Brusquement, un quart de tour à gauche et cette formation vient droit sur la cinquième compagnie. Mon tireur au fusil mitrailleur, le petit polonais BIALAS et mon caporal, le hongrois BALOGH, me demandent en relevant le « groin de cochon » du masque sur le front : « C'est des Anglais ou des Boches ? » Je réponds « Je n'en sais rien, je ne peux pas distinguer, mais... et je n'ai pu terminer ma phrase car le premier obus passe en ronflant au-dessus de nous. Aussitôt, notre artillerie se déchaîne ainsi que la Compagnie anti-char installée derrière nous. Einstein placé à gauche de mon groupe avec une pièce anti-char tire calmement, avec efficacité.
Je ne vais pas raconter le combat lui-même, que d'autres feront beaucoup mieux que moi, mais une petite anecdote qui se situe après ce premier engagement au cours duquel le groupe a fait un certain nombre de prisonniers sans subir de pertes. Bien entendu, dès que l'ennemi (Division Ariete) a fui en déroute, nous fouillons les chars pour récupérer tout ce qui est intéressant, et par dessus tout les jerrycans d'eau, d'autant plus que cette eau est très bonne, venant de la région de MECHILI et dans un véhicule, je trouve un bidon de deux litres que je m'empresse de passer en bandoulière.
Cette récupération se termine quand arrivent le Général KOENIG avec plusieurs officiers dont notre chef de bataillon le Commandant BABONNEAU et pendant que nous recevons les félicitations de celui-ci, je débouche le bidon italien, ce bidon que les anciens connaissent bien, plat d'un côté, bombé de l'autre et recouvert de tissu verdâtre. J'avale une gorgée que je recrache illico sous l'effet de la surprise. C'était de l'anisette ! Le Commandant Babonneau me lance : « Combien en veux-tu, je l'achète ». Les regards des copains sont tous braqués sur moi : « Excusez-moi, mon Commandant, mais si je vous le vends, je serai mis en quarantaine ».
Ah quel beau cadeau ce jour-là ! De l'anisette en plein désert ! Et, en plus, le Général nous a envoyé dans l'après-midi un peu de whisky et de la bière pour nous marquer son contentement.
Voilà un petit souvenir personnel que cinquante ans après je revis avec émotion en écrivant ces quelques lignes.
Bir Hakim l'Authion n° 184 Janvier 2002 Pierre Öttl le lundi 14 mai 2012 - Demander un contact Recherche sur cette contribution | |