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Marcel Charles Barnabé Devaux - son Livre ouvert ! "...87
Je n’avais pas noté, tant les navires étaient différents et même opposés, que le Chevreuil ce bouchon gris pâle sur l’eau et le Rubis, ce cylindre vert sombre dans l’eau avaient curieusement à peu près la même longueur et le même déplacement.
La seule chose qui comptait était de poser son sac à bord, de faire la connaissance des officiers et d’être présenté au commandant, le lieutenant de vaisseau Fourlinnie. Celui-ci, très jeune et sportif d’aspect, est de descendance norvégienne, avait-t-il compris. Des grands yeux bleu-vert d’où émane quelque chose comme une lumière jaune, qui vous regardent avec un air gouailleur, d’une franchise presque provocatrice et jamais sévère, qui, venant d’en haut cependant, n’invite pas à la conversation, chose d’ailleurs rare dans la marine.
Des cheveux blonds un peu frisés, le front toujours ridé par le mouvement de l’expression, même dans l’attente de la parole. Et d’ailleurs, sur un navire de surface, le commandant, parle peu. Il a sa chambre, son carré où il mange le plus souvent seul : Il est la suprême autorité. Il est isolé. C’est la conception française en tout cas.
C’est cette figure souriante, gouailleuse et lointaine donnait une personnalité assez particulière et somme toute sympathique au petit aviso colonial sur lequel notre « midship » embarquait, par une belle soirée d’été.
À vrai dire, il se trouvait sur le Chevreuil comme membre de la mission pour le Pacifique pour laquelle il s’était porté volontaire. Il était logé avec l’aspirant Marcel Devaux dans le poste avant, emplacement peu enviable à la mer car particulièrement soumis au tangage. Marcel Devaux était le seul à bord avec lequel il allait être un ami. Tous deux feraient le quart à la mer, en chef, redoutable responsabilité.
Devaux était embarqué depuis trois mois. Il avait été formé, comme de nombreux aspirants, non pas au R.N.C Dartmouth, mais sur le navire école Théodore Tissier, à Portsmouth. Il avait déjà fait ses preuves, ainsi qu’un autre aspirant du nom d’Aluome. Celui-ci avait embarqué avec un aspirant nommé Gincré, enlevé par une lame quand le Chevreuil avait manqué sombrer au cours d’une tempête d’une violence exceptionnelle, le 6 décembre 1940..."
ecole.nav.traditions.free.fr  Laurent Laloup le mardi 19 avril 2022 - Demander un contact La page d'origine de cette contribution Recherche sur cette contribution | |