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Le « Jouet des flots » : une page d’histoire de la Résistance
Publié le 03 février 2000
Pour la commémoration de la date anniversaire du naufrage du « Jouet des flots », le 3 février 1944, le Comité du souvenir du Cap-Sizun a souhaité évoquer les circonstances qui ont marqué cet événement. En ce début de 1944, plusieurs aviateurs alliés, tombés sur le sol de France, attendent impatiemment dans le Finistère un départ par bateau pour l'Angleterre. Il en est de même pour de hauts responsables français de la Résistance, qui doivent rallier Londres. Mais le littoral finistérien est désormais bien gardé par l'ennemi. Douarnenez a tellement trompé l'occupant. que tous les bateaux sont en « résidence surveillée ». La mission « Dahlia » achète donc à Stanislas Brélivet sa pinasse bleue, « Le Jouet des flots », un 14 mètres, qui hiverne sur la vasière du Port-Rhu. En accord avec l'administration et pour déjouer la surveillance allemande, le bateau est fictivement immatriculé à Concarneau. Il partira vers l'embouchure de l'Odet, soit disant pour embarquer du bois. A bord, le patron, un officier de la Marine marchande de Trégunc, puis Gildas Bihan, de Pont-Aven, Etienne Le Nouy, de Tréboul, et Alexandre Rivoal, de Trégunc. Le chef de la mission « Dahlia », le lieutenant de vaisseau Yves Le Hénaff, ordonne au « Jouet des flots » d'être à l'Ile-Tudy le 2 février, à 21h. Dans la soirée, un camion prend la route de l'Ile-Tudy, conduit par Louis Lauden. Il transporte une vingtaine de passagers, dont dix aviateurs anglais et américains, et le commandant Edmond Jouhaux. Ils sont rejoints à l'Ile-Tudy par Emile Bollaert, ancien préfet du Rhône, et Pierre Brossolette, chargé de mission par le général de Gaulle. Le « Jouet des flots » prend la mer vers 23h, avec 32 hommes à bord. Le vent forcit, la mer se creuse; dans le raz de Sein, une voie d'eau se déclare vers 3h30. Le moteur va être noyé, on décide alors une manoeuvre de sauvetage à la voile. La pinasse fait côte sur les rochers de Feunteun Aod, le mât se casse et sert de tangon aux passagers pour prendre pied sur la roche. Tous les passagers s'éparpillent. Certains se dirigeront chez l'habitant, d'autres fuiront par les petits chemins de campagne. Plusieurs rescapés ont été surpris par deux soldats allemands à Audierne. Ils seront tous déportés. Seul, Emile Bollaert rentrera en 1945. Entre temps, Pierre Brossolette s'est donné la mort au siège de la Gestapo, à Paris.
© Le Télégramme  Laurent Laloup le mercredi 29 novembre 2017 Contribution au livre ouvert de Gildas Marie Bihan | |