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Soustelle Jacques "Envers et contre tout, d' Alger à Paris (1942-1944)" " pour comprendre quels pouvaient être les sentiments de vichysme exalté d'une partie de la marine, de l'armée et des fonctionnaires d'Afrique du Nord avant le discours du 14 mars, il n'est que de relire certains des documents datant de cette époque. J'en ai un sous les yeux : il s'agit des déclarations faites au B. C. R. A. par un garçon de vingt et un ans, Arsène L..., marin radio, qui rejoignit Londres le Ier avril 1943. Engagé pour cinq ans dans la marine de guerre en 1940, il est arrivé au Maroc sur le Massilia en juin. En 1941, lors d'une escale à Dakar, il cherche à s'évader en Gambie pour s'engager dans les Forces Françaises Libres. On l'arrête, on le renvoie à Casablanca, il est condamné à trois ans de prison. Novembre 1942 : Arsène, purgeant sa peine à la prison de Port Lyautey, est libéré le 17 comme conséquence du débarquement. Il se présente à la Marine pour obtenir une permission : « Je fus reçu par M. D..., lieutenant de vaisseau à la compagnie de garde de l'Amiral. Il me demanda des renseignements sur mon identité et fut très étonné de me voir en liberté... Mon papier de mise en liberté provisoire avait été signé sur l'ordre du général Giraud. Il me fit cette réponse : « Si vous voulez me faire plaisir, ne me parlez pas des Giraud ou des Béthouard, ce sont des traîtres qui ont désobéi au Maréchal et je ne veux pas en entendre parler... Vous avez essayé de rejoindre les traîtres de de Gaulle et il n'y a aucune raison pour que vous ne fassiez pas les trois ans de prison qui vous ont été infligés. Nous allons vous remettre en prison. » De fait notre homme se vit reconduit incontinent en cellule et ne fut relâché que le 28 décembre sur l'intervention des autorités américaines. Mais il avait compris : par Tanger, il gagna Gibraltar et l'Angleterre.
L'interlocuteur d'Arsène allait peut-être plus loin que d'autres dans son admiration pour le Maréchal et son aversion pour Giraud. Mais il est de fait que de nombreux témoignages analogues peuvent être produits. Tout au plus, comme tel officier du Georges-Leygues passant à Freetown le 5 février 1943, consentait-on à admettre que « Giraud est le seul représentant du semblant de gouvernement restant (sic); nous obéirons aux ordres qui nous seront donnés par lui »." laurent le vendredi 11 septembre 2009 Contribution au livre ouvert de Arsène Emile Georges Lepoittevin | |