Contributions - Les Français Libres

Les Français Libres, de juin 1940 à juillet 1943

 
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Sacrée drôle de Guerre, de Pierre Bourgoin  (Sous le pseudonyme de Saint-Roc) :

(El Alamein)

"Regroupés et repus, nous avons escaladé la crête. Il y avait là Degraeve, le Flamand et Zabecki, le Polonais, Santini, le corse, Miguel et ses douleurs, Delbecque le. Lillois. Stanguenec, le Breton et tous les autres. En avant, tête nue, vêtu d'une saharienne, d'un short, chaussé de désert boots, bondissait le lieutenant. A sa ceinture, le fanion de La Hire et de ses colères flottait comme un scalp. Tout ce monde hurlait, tirait dans tous les coins, flanquait des rafales sur tout ce qui semblait bouger.
L'effet de nos vingt pétoires tirant à pleins chargeurs, fut instantané. Satisfaite sans doute d'avoir repris les autres crêtes, la contre-attaque boche, surcontrée, se volatilisa. Mais les chars allemands rendaient aléatoires la poursuite du succès. On s'installa donc sur la crête et ce fut le duel. Chacun creusait son trou quand des cris se sont élevés du ravineau, entre les deux croupes italiennes, la française et l'al­lemande: — « A moi, les copains, je suis blessé! » Mon lieute­nant j'y vais. Et Stanguenec posa son arme pour se précipiter: - « Prends ta mitraillette, crétin! » Mais l'autre dévalait la pente, roulait sur les cailloux. Il n'y avait plus qu'à le suivre. Le lieutenant s'élança, je le suivis pour retrouver au fond du ravin Stanguenec bien ballot et sans arme devant trois jeunes Frizous beaux et blonds qui le mettaient en joue à vingt mètres. Nous avons tiré les premiers, à pleins chargeurs, un peu au jugé, en surclassant les Fritz qui lâchèrent Stanguenec pour détaler dans le taillis. Nous n'avons jamais su s'ils étaient touchés.
Malgré son essoufflement, Stanguenec blasphéma comme un reître, jura qu'on pouvait désormais l'appeler n'importe com­ment, même en Breton, sans le déranger. Il avait eu de la veine, nous aussi. Au lieu de se débiner, les trois Bochetons n'avaient qu'à nous fusiller posément. Mauvaise méthode d'instruction ! Il faut toujours taper le premier. Si l'on rate, on peut recom­mencer."

Laurent Laloup le lundi 23 février 2009

Contribution au livre ouvert de Ernest Degrave

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